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Ce que l'on sait de l'hantavirus maintenant que des personnes sont de retour au pays

durée 23h27
13 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

6 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — L'éclosion de l'hantavirus sur le navire de croisière MV Hondius a suscité l'inquiétude des Canadiens et soulevé de nombreuses questions. Voici ce que l'on sait jusqu'à présent.

Les passagers du navire ont contracté le virus Andes, présent en Argentine et au Chili. Il s'agit du seul type, parmi des dizaines d'autres hantavirus, connu pour être transmissible d'humain à humain. Les hantavirus proviennent de rongeurs, notamment les souris et les rats.

Dix personnes liées à l'éclosion sur le navire se trouvent actuellement au Canada, dont six passagers et quatre personnes qui n'étaient pas à bord mais qui pourraient avoir été exposées à l' hantavirus lors de vols.

Quatre passagers du navire sont en isolement sur l'île de Vancouver: un couple septuagénaire du Yukon, une personne septuagénaire de l'île et une personne de la Colombie-Britannique, âgée d'une cinquantaine d'années et résidant maintenant à l'étranger.

La Dre Bonnie Henry, médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, a déclaré lundi lors d'une conférence de presse que leur période de quarantaine de 21 jours a débuté dimanche, mais qu'elle pourrait être prolongée jusqu'à 42 jours.

Deux autres passagers, également un couple, sont en isolement dans la région de Grey Bruce, en Ontario, et font l'objet d'une surveillance pendant 45 jours.

Un visiteur au Canada ne se trouvait pas à bord du navire, mais avait voyagé en avion avec un passager décédé par la suite de l' hantavirus. Cette personne est en isolement dans la région de Peel, en Ontario.

Deux autres voyageurs pourraient également avoir été exposés à l'hantavirus lors d'un vol et sont en isolement à leur domicile en Alberta pendant au moins 21 jours à compter de la date d'exposition possible.

Un Québécois, possiblement exposé au virus lors d'un autre vol, était en isolement jusqu'à lundi, date à laquelle le ministère de la Santé du Québec a indiqué qu'il était considéré comme un contact à faible risque et pouvait s'auto-surveiller pendant 42 jours.

Le ministère de la Santé du Québec a indiqué mercredi que huit personnes dans la province pourraient avoir été exposées, mais que le risque de développer une infection était considéré comme très faible. Il a précisé qu'elles n'avaient pas besoin de s'isoler tant qu'elles ne présentaient aucun symptôme.

Mardi après-midi, le ministère de la Santé de l'Ontario a annoncé avoir demandé à sept autres personnes de s'isoler, même si elles étaient considérées comme présentant un «faible risque», car elles avaient été en contact avec une personne à risque plus élevé.

Le ministère de la Santé de la Colombie-Britannique a dit mercredi n'avoir identifié aucun contact à «faible risque» dans la province et qu'aucune autre personne que les quatre qui ont quitté le navire de croisière n'était en isolement ou sous surveillance.

Les autorités sanitaires de l'Alberta ont également indiqué qu'elles ne considéraient pas d'autres personnes comme potentiellement exposées.

Période d'incubation

On sait que les hantavirus peuvent incuber jusqu'à huit semaines, mais cela est inhabituel. En moyenne, il faut généralement de deux à trois semaines entre la contamination et l'apparition des symptômes, explique Bryce Warner, scientifique spécialiste des hantavirus à l'Organisation des vaccins et des maladies infectieuses de l'Université de la Saskatchewan.

L'Organisation mondiale de la Santé recommande une période de quarantaine de 42 jours, soit six semaines, compte tenu de la longue période d'incubation du hantavirus.

L'organisation souligne toutefois que chaque juridiction devrait déterminer la période de quarantaine appropriée en fonction du niveau de risque des personnes de retour et selon qu'elles aient ou non été en contact direct avec les passagers malades.

L'Agence de la santé publique du Canada a indiqué que les passagers et les membres d'équipage qui se trouvaient à bord du navire, ainsi que toute personne identifiée comme contact à haut risque d'un vol où un cas a été confirmé, ne devraient pas voyager.

Le gouvernement a annoncé mardi la mise en place de mesures temporaires pour empêcher les passagers et les membres d'équipage qui se trouvaient à bord du MV Hondius depuis le 1er avril d'embarquer sur un vol à destination du Canada.

L'agence fédérale affirme que cette décision se fonde sur les recommandations de l'OMS et qu'elle collabore avec les autorités de santé publique, les transporteurs aériens et les services frontaliers.

Le Canada dispose de deux types de tests de dépistage de l'hantavirus: un test de détection des anticorps dans le sang et un test PCR, qui détecte les particules virales.

Cependant, en raison de la longue période d'incubation du virus, les experts doutent de l'efficacité d'un test chez une personne asymptomatique.

Aucune des dix personnes au Canada potentiellement exposées au virus n'a présenté de symptômes, ont indiqué les responsables de la santé publique.

«La question sera toujours de savoir si la personne est réellement négative parce qu'elle n'a jamais été infectée par le virus, ou si elle est négative parce qu'au moment du prélèvement, la concentration virale était insuffisante pour être détectée», a expliqué David Safronetz, chef du service des pathogènes spéciaux au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg.

«C’est précisément ce à quoi sont confrontés actuellement les organismes de santé publique du monde entier: déterminer la meilleure approche», a-t-il précisé.

Dès l’apparition des symptômes, une personne sera testée, a ajouté M. Safronetz. Ces tests seront effectués par les laboratoires provinciaux, puis envoyés au laboratoire national pour confirmation.

Il est important de rappeler que la maladie causée par le virus Andes, appelée syndrome pulmonaire à hantavirus, débute souvent par des symptômes très généraux, tels que la fatigue, la fièvre ou des troubles gastro-intestinaux.

Cela signifie que, même si une personne sous surveillance au Canada commence à se sentir malade, elle n’est peut-être pas encore atteinte de l'hantavirus.

«Les hantavirus sont sournois, n’est-ce pas? Leurs premiers symptômes peuvent facilement être confondus avec un simple rhume, un mal de tête ou même le stress, a expliqué M. Safronetz. Ces personnes sont actuellement très stressées. Elles ont traversé une période difficile. Nous devons donc tenir compte de tous ces éléments dans les stratégies de dépistage mises en place.»

Le syndrome pulmonaire à hantavirus évolue généralement rapidement vers une détresse respiratoire aiguë après l'apparition des premiers symptômes généraux. Le taux de mortalité est d'environ 30 %.

Traitement

Il n'existe aucun médicament antiviral permettant de combattre directement la maladie.

Le traitement consiste principalement en des soins de soutien, notamment la gestion de la douleur, le maintien d'une hydratation adéquate et l'assistance respiratoire, y compris le recours à un respirateur artificiel si nécessaire, selon l'Organisation mondiale de la Santé.

La transmission de l'hantavirus entre humains est rare, selon les experts.

Les médecins, les scientifiques et les responsables de la santé publique soulignent qu'un contact étroit et prolongé, comme celui qui règne sur un bateau de croisière, est nécessaire à la transmission du hantavirus entre humains.

«Ce n'est pas la prochaine pandémie. Je pense que c'est le point essentiel à retenir pour tous: il ne s'agit pas de la COVID-19», a assuré M. Safronetz.

Il a indiqué que le moment est bien choisi pour savoir qu'il existe au Canada un hantavirus appelé virus Sin Nombre. On ne sait pas s'il se transmet d'humain à humain, mais quelques Canadiens le contractent chaque année par contact avec des excréments de souris.

Des scientifiques américains ont mis au point un vaccin il y a plusieurs années, a expliqué M. Warner, mais celui-ci n'a pas fait l'objet d'essais cliniques à grande échelle.

Certains laboratoires canadiens travaillent à la mise au point de vaccins contre l'hantavirus — dont celui de M. Warner — mais ils n'en sont qu'aux premières étapes des essais sur des modèles animaux.

«À long terme, l'objectif est bien sûr de développer un vaccin qui puisse être homologué et administré à l'humain. Nous en sommes encore loin», a-t-il déclaré.

La couverture santé de La Presse Canadienne bénéficie du soutien de l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu.

Nicole Ireland et Hannah Alberga, La Presse Canadienne

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