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Chevalier cuivré: une organisation internationale s'adresse à Legault et Carney

durée 07h00
13 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a envoyé une lettre aux premiers ministres Mark Carney et François Legault pour leur faire part de sa «vive préoccupation» concernant la survie du chevalier cuivré, dans le contexte du projet d’agrandissement du port de Montréal à Contrecœur.

L'expansion prévue du port de Montréal dans l’habitat du chevalier cuivré, le seul poisson ayant une aire de répartition exclusive au Québec, soulève des préoccupations à l'échelle internationale.

«Nous vous prions de bien vouloir prendre en considération les répercussions du projet (…) sur cette espèce endémique canadienne unique et extrêmement vulnérable», peut-on lire dans la missive envoyée aux deux premiers ministres l’automne dernier, et dont La Presse Canadienne a obtenu une copie cette semaine.

Le chevalier cuivré est «une espèce unique et très fragile d’une importance capitale pour la biodiversité, car on ne le trouve nulle part ailleurs sur Terre, si ce n’est dans une très petite portion du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu, dans le sud du Québec», souligne l’UICN.

«Cette espèce remarquable est le fruit de millions d’années de spécialisation, et sa disparition représenterait une perte irréparable pour la biodiversité du Canada», écrit l’UICN en soulignant que le poisson est inscrit sur sa «Liste rouge».

La «Liste rouge» de l’UICN constitue une référence pour les scientifiques et elle est considérée comme l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation des espèces végétales et animales.

Impact de l’agrandissement du port de Montréal

Des activités comme «la construction de quais, le dragage et le remblayage de sections de la voie navigable entraîneraient des pertes et des modifications de l’habitat» du chevalier cuivré, selon l’UICN.

L’organisation soutient que le projet d’agrandissement du port comporte «des risques élevés de remise en suspension de quantités importantes de contaminants, notamment des perturbateurs endocriniens, ce qui aggraverait les difficultés de reproduction» du chevalier cuivré.

L’augmentation du transport maritime dans le secteur «aurait des répercussions négatives chroniques sur l’habitat essentiel et sur les individus», souligne également la missive.

Un projet d'intérêt national

L’Administration portuaire de Montréal (APM) souhaite augmenter la capacité annuelle du port de 60 % grâce à l’agrandissement de son terminal à Contrecœur, ce qui permettra «d’assurer la résilience des chaînes logistiques au pays» et procurera «140 millions de dollars canadiens par an de retombées économiques».

Ces travaux d’expansion impliquent de draguer le fond du fleuve Saint-Laurent dans l’aire de distribution du chevalier cuivré.

Le premier ministre Mark Carney espère voir réaliser de façon accélérée ce projet dans le cadre de la Loi visant à bâtir le Canada.

Autorisation accordée

Le 8 janvier dernier, Pêches et Océans Canada (MPO) a accordé l’autorisation à l’APM de procéder aux travaux dans l’habitat du poisson. Pour compenser la perte d’habitat de cette espèce en voie de disparition, le MPO a accepté le plan d’APM qui prévoit la plantation d’herbiers, qui fournissent un habitat à l’espèce, couvrant une superficie initiale de 3,29 hectares, à partir de l’été 2026.

Mais, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature, il «n’existe aucun exemple comparable et convaincant, nulle part dans le monde, démontrant par une analyse rigoureuse que des mesures compensatoires pour une espèce de poisson aussi spécialisée (et vivant dans un habitat aussi complexe que le fleuve Saint-Laurent) ont été bénéfiques pour le poisson et son habitat».

L’UICN insiste donc sur «la nécessité d’examiner attentivement ce projet compte tenu de son impact sur une espèce unique et irremplaçable du patrimoine naturel canadien».

La lettre, également adressée à l’ancien ministre de l’Environnement du Québec Bernard Drainville et à la ministre des Pêches Joanne Thompson, est signée par Brian Zimmerman et Kathy Hughes, les vice-présidents du Groupe de spécialistes des poissons d'eau douce de l’UICN.

Québec et Ottawa réagissent

Le cabinet de la ministre de Pêches et Océans Canada (MPO) confirme avoir reçu la lettre de l'UICN et y avoir répondu.

«Le MPO reconnaît l'importance de protéger le chevalier cuivré (...), c'est pourquoi le projet a été soumis à un processus réglementaire rigoureux» qui comprend des consultations.

Contrairement à l'avis de l'Union internationale pour la conservation de la nature, le MPO croit que le projet de compensation permettra au chevalier cuivré de survivre aux travaux dans son habitat.

«Ce projet vise à créer plus de six hectares d’herbiers aquatiques adaptés à cette espèce menacée» et «le MPO a mené son analyse des mesures de compensation proposées en se basant en partie sur les conseils d'experts de plusieurs disciplines», a écrit le cabinet de la ministre Joanne Thompson en réponse aux questions de La Presse Canadienne.

Dans un échange de courriel, le directeur des relations médias du premier ministre François Legault a également réagi à la lettre de l'UICN.

«L’expansion du port à Contrecœur est un projet du gouvernement fédéral qui a reçu une autorisation de l’agence d'évaluation d'impact du Canada», a tenu à préciser Ewan Sauves en ajoutant que «le gouvernement du Québec a échangé avec le gouvernement fédéral afin de limiter l’impact du projet sur l’habitat du chevalier cuivré».

Le directeur des relations médias du premier ministre du Québec a également souligné qu'au fil du temps, le ministère de l'Environnement a développé une expertise unique pour soutenir le rétablissement du chevalier cuivré et qu'il est prêt à collaborer avec le gouvernement fédéral afin d’améliorer la condition de l'espèce.

Un réseau de 1400 organisations

Sur son site internet, l’UICN se décrit comme le réseau environnemental «le plus vaste et le plus diversifié au monde, mobilisant les connaissances, les ressources et la portée de plus de 1400 organisations membres et 17 000 experts».

La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), qui fait partie de ce réseau, a réagi à la lettre envoyée aux dirigeants canadiens.

«L’intervention de l’UICN rappelle au Canada et au Québec leurs responsabilités uniques face au destin du chevalier cuivré. Ce regard international démontre également l’importance de protéger cette espèce et invite les hôtes du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (dont les bureaux sont à Montréal) à rester à l’écoute de la science et à adhérer au principe de précaution», a indiqué la SNAP dans une déclaration écrite.

La semaine dernière, SNAP Québec et le Centre québécois du droit de l’environnement ont officiellement déposé une poursuite en Cour fédérale contre la ministre des Pêches, Joanne Thompson, pour avoir délivré une autorisation qui permet au Port de Montréal de procéder à des travaux d'expansion dans l'habitat du chevalier cuivré.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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