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Course à l'OIF: «La francophonie, c'est plus que l'Afrique», plaide Dacian Ciolos

durée 09h30
31 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

QUÉBEC — «La francophonie, c'est beaucoup plus que l'Afrique», plaide l'ancien premier ministre de la Roumanie et candidat au poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) Dacian Ciolos.

Seul candidat non africain, M. Ciolos affronte dans la course Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (République démocratique du Congo) et Coumba Bâ (Mauritanie).

En entrevue avec La Presse Canadienne lors d'une visite éclair à Québec au cours de la dernière semaine, l'ancien haut dirigeant de la Roumanie explique les raisons qui le poussent à briguer le secrétariat général de l'OIF.

Il se dit d'abord convaincu que son élection enverrait un bon message, à savoir que le français est aussi une langue «de choix».

Seulement 10 % de la population roumaine parle français, comparativement à 51 % en RDC, selon l'Observatoire de la langue française.

Or, depuis le 19e siècle, la Roumanie «choisit» le français et «donne» à la francophonie des personnalités artistiques et culturelles importantes, affirme-t-il.

«Je rappelle juste que le gagnant de la Palme d'or à Cannes cette année, c'est un Roumain (Cristian Mungiu), avec un film qui est une coproduction à laquelle la Roumanie et la France ont participé. Ça, c'est juste un exemple.

«Je pense que cette image de la francophonie, une image moderne, peut aider aussi à la promotion de l'organisation et de ses réseaux», a fait valoir l'homme politique de 56 ans.

Avant de devenir premier ministre de la Roumanie en 2015, Dacian Ciolos était commissaire européen à l'Agriculture. «J'ai eu à gérer des négociations avec 28 pays membres de l'Union européenne aux intérêts différents», souligne-t-il.

«Tout ça m'a permis d'acquérir et de développer des compétences et une expérience qui, je pense, peuvent être utiles à cette organisation de la Francophonie qui souhaite rayonner encore plus au niveau international.»

Le Québec et les contenus francophones

À l'instar des autres candidats, M. Ciolos effectue présentement une tournée des pays membres de l'OIF dans le but de se faire connaître et d'exposer sa vision pour l'avenir.

Il s'est arrêté au cours de la semaine à Ottawa, à Fredericton et à Québec, où il a rencontré les ministres de la Culture et des Relations internationales (Mathieu Lacombe et Christopher Skeete), en plus de représentants des partis d'opposition.

Le Roumain dit comprendre que l'enjeu de la découvrabilité des contenus francophones en ligne est prioritaire pour le Québec, alors que la jeunesse utilise de plus en plus l'anglais, notamment comme langue de socialisation.

«Le Québec est très actif sur le sujet, dit-il. On doit alimenter aussi (...) les instruments d'intelligence artificielle avec la production francophone.

«Après, je pense que pour que le français soit attirant, il faut qu'il apporte des opportunités aussi en termes d'emplois, d'activité économique, d'entrepreneuriat. Là aussi, c'est un sujet que le Québec (...) met à l'agenda.

«Ma vision coïncide beaucoup avec ce que j'ai entendu ici à Québec», résume-t-il.

Par ailleurs, bien que M. Ciolos promette que les Canadiens «auront des responsabilités importantes» sous sa gouverne, il ne s'engage pas à maintenir en poste l'administratrice et numéro deux de l'OIF, Caroline St-Hilaire.

La Québécoise a été nommée à ce poste en 2023. «Si je suis secrétaire général, les pays d'Afrique auront aussi des attentes pour des postes importants», souffle-t-il.

Il ajoute cependant qu'à sa connaissance, Mme St-Hilaire «a marqué de manière profonde l'OIF en travaillant beaucoup pour rendre l'organisation plus efficace».

Toutefois, l'OIF peut encore améliorer son «efficacité», notamment en allant chercher des investissements «extérieurs», comme à la Banque mondiale, pour financer ses projets, selon lui.

Il dit souhaiter une Francophonie «d'opportunités» qui livre «des résultats concrets». «C'est ça qui va lui donner de la crédibilité.»

Les candidats s'activent

Candidat d'Europe de l'Est, Dacian Ciolos affirme qu'il est trop tôt pour savoir si les pays européens se rangeront derrière lui. Ni le Canada ni le Québec n'ont encore fait leur choix.

«Chaque pays va définir ses priorités, va faire ses choix en fonction de ses propres critères. Pour moi, l'important dans cette campagne, c'est qu'un maximum de pays prennent connaissance de ma vision», dit-il.

M. Ciolos est le troisième candidat, après Mmes Mushikiwabo et Lumumba, à effectuer une mission au Canada dans l'espoir d'y gagner des appuis. Mme Bâ est attendue quelque part en juin.

L'élection du grand patron de l’OIF se tiendra à la fin novembre à l'occasion du 50e Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge.

Cette décision est traditionnellement prise par consensus, c'est-à-dire que l'on vise à obtenir l'accord général des pays membres, plutôt qu'une simple majorité.

Rappelons que le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont tous les trois des membres à part entière de l'OIF. Le Manitoba est également intéressé à devenir membre.

Le secrétaire général de l'OIF représente les plus importants joueurs francophones de la planète et dispose d'un budget annuel d'environ 116 millions $.

Le Canada a versé 43 millions $ à l'OIF en 2025-2026, ce qui en fait le deuxième plus grand contributeur après la France.

Caroline Plante, La Presse Canadienne

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