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Des équipes d'Oxfam attendues en Afrique ce week-end pour contrer l'épidémie d'Ebola

durée 10h00
23 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Des équipes de l'organisation non gouvernementale Oxfam devraient arriver ce week-end dans le foyer de l'épidémie d'Ebola, dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), pour y apporter de l'eau et des services d'hygiène et d'assainissement.

L'est de ce pays d'Afrique est frappé par une nouvelle épidémie d'Ebola, une fièvre hémorragique qui peut causer la mort. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de létalité moyen de la souche actuelle (la souche Bundibugyo) est d’environ 50 %.

Précisons d'emblée que l'Ebola ne se transmet pas par voie aérienne, comme c'était le cas par exemple pour la COVID-19. Le virus se propage uniquement par contact direct avec les liquides corporels d'une personne infectée, tels que la sueur, le sang et les matières fécales.

Vendredi, le bilan de l'OMS faisait état de près de 750 cas et 177 décès suspects. Jusqu’à 2 millions de personnes pourraient être touchées par cette épidémie, souligne Oxfam dans un communiqué, ajoutant que la plupart d’entre elles n’ont pas accès à des centres de santé fonctionnels.

Lily-Madeleine Séguin, conseillère technique en promotion de la santé publique au sein de l'équipe humanitaire d’Oxfam International, explique que les équipes ne font pas de soins directs; elles travaillent en eau, hygiène et assainissement, ce qu'on appelle WASH dans le milieu humanitaire.

L'objectif est d'aider les établissements de santé afin d'augmenter la capacité de contrôle des infections. «Certains centres de santé dans les [points chauds], s'ils n'ont pas un accès à l'eau, c'est vraiment dur de faire de la prévention, contrôle des infections dans un centre médical», explique Mme Séguin, qui a travaillé pendant quatre ans en RDC et a connu plusieurs épidémies d'Ebola.

«On travaille beaucoup avec les acteurs locaux en termes d'installation ou de réhabilitation des points d'eau, des dispositifs de lavage de mains, indique Frantz Jean Louis, gestionnaire de l’Unité santé chez Oxfam-Québec. On aide à tout ce qui est approvisionnement de savon, de chlore, pour assurer la potabilité de l'eau.»

L'ONG peut aussi fournir de l'approvisionnement d'incinérateurs pour du matériel médical. M. Jean Louis souligne par ailleurs que des médias rapportent que les intrants d'équipement de protection individuelle pour aider aux soins et au diagnostic manquent déjà sur le terrain. Oxfam assure être prêt à intervenir pour offrir de l'équipement de protection individuelle s'il y a des besoins.

Contrer la mésinformation

Oxfam est également impliqué en promotion de la santé publique sur le terrain. «Donc, tout ce qui est accès à l'information sur la prévention: c'est quoi les signes et symptômes de l'Ebola, qu'est-ce que tu fais si tu tombes malade, c'est quoi les référencements médicaux», détaille Mme Séguin.

Les équipes s'affairent à bâtir un réseau au niveau communautaire. Elles vont collaborer avec des groupes influents, comme des églises et des écoles.

«C'est pour vraiment s'assurer que l'accès à l'information est partout, mais aussi que ça soit des conversations bidirectionnelles. [...] On le fait en face-à-face avec les gens pour qu'on puisse avoir des conversations et décortiquer ce qui se passe avec eux. Ça nous permet aussi de comprendre toutes les peurs, les questions, les rumeurs. On doit les comprendre nous aussi pour pouvoir trouver les bonnes solutions ou démonter les rumeurs ou changer la mésinformation qui se passe.»

Les fonds humanitaires insuffisants

L'épidémie d'Ebola survient à un moment où les fonds humanitaires sont insuffisants. Oxfam estime qu'elle doit réunir l’équivalent de 16 millions $ CAN afin d'intensifier son aide d'urgence en RDC, en appuyant les communautés les plus vulnérables des régions de Bunia, de Beni et de Butembo.

En tant qu'expert en santé publique qui a une longue expérience des épidémies, M. Jean Louis constate que les coupes dans l'aide internationale ont des conséquences dévastatrices en RDC. Il explique que si le financement avait été maintenu, l'épidémie aurait probablement pu être détectée beaucoup plus tôt.

M. Jean Louis a notamment travaillé pour l'USAID (United States Agency for International Development), lorsque l'agence existait encore.

«Le dernier grand projet auquel j'y ai participé, c'était le projet de surveillance et détection des maladies infectieuses, qui était financé par USAID, et déployé dans plus d'une vingtaine de pays, dont la RDC. Et ce projet visait justement à renforcer les capacités de diagnostic, de surveillance épidémiologique, de réponse face aux maladies à potentiel épidémique», raconte-t-il.

Selon Oxfam, les pays riches ont collectivement réduit leur aide publique au développement de 23 % en 2025, la plus forte baisse jamais enregistrée.

L'épidémie d'Ebola actuelle a été détectée très tardivement. «Alors que justement, avec USAID, on prônait l'approche 7-1-7. C'est une approche qui demande que l'épidémie ou les crises sanitaires doivent être détectées au moins dans sept jours et les formations acheminées aux autorités sanitaires dans une journée et on a sept jours pour monter une réponse adéquate face à cette épidémie», explique M. Jean Louis.

Cette approche permet de limiter la transmission et d'éviter d'avoir une épidémie qui s'étend vers d'autres villes ou d'autres pays. «À cause de ces réductions en termes de financement, on a eu une détection très tardive. Donc, le nombre de cas augmente chaque jour», dit-il.

Désormais, il est beaucoup plus difficile d'identifier rapidement les cas, de faire les recherches de personnes qui ont été en contact, et de les isoler. D'autant plus que pour la souche Bundibugyo, il n'y a pas de vaccin, de traitement ou d'anticorps monoclonaux, ce qui rend cette épidémie d'Ebola différente des précédentes.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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