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La tuerie de Tumbler Ridge ravive des souvenirs douloureux à Portapique

durée 07h27
13 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

HALIFAX — Il y a près de six ans, Tammy Oliver-McCurdie perdait sa jeune sœur, son beau-frère et sa nièce de 17 ans en Nouvelle-Écosse, tous victimes de la tuerie la plus meurtrière de l'histoire moderne du Canada.

Mme Oliver-McCurdie raconte qu'en apprenant la fusillade survenue mardi dans une école du nord-est de la Colombie-Britannique, elle s'est souvenue de l'agonie ressentie lorsqu'elle a appris qu'un homme déguisé en gendarme avait abattu toute sa famille et 19 autres personnes les 18 et 19 avril 2020.

«C'est très difficile pour notre famille, car cela ravive de nombreuses émotions», a déclaré Mme Oliver-McCurdie dans un communiqué, où elle a exprimé son soutien aux habitants de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique. Plus tôt cette semaine, huit personnes – principalement des enfants – ont été tuées par une jeune femme armée de 18 ans qui, selon la police, s'est ensuite enlevé la vie.

«Je ne peux exprimer la douleur que nous ressentons tous pour vous, a déclaré Tammy Oliver-McCurdie, résidante de Red Deer, en Alberta, dans son communiqué. Je vous conseillerais de serrer fort vos proches dans vos bras et de vous appuyer sur les personnes qui vous entourent et qui vous apportent du réconfort: famille, amis, communauté, église.»

Mme Oliver-McCurdie a également donné quelques conseils pour faire face à cette perte dévastatrice, qui fait également l'objet d'une attention internationale. Sa sœur, Jolene Oliver, son beau-frère, Aaron Tuck, et sa nièce, Emily Tuck, figuraient parmi les premières victimes tuées par le tireur de Nouvelle-Écosse le 18 avril 2020.

«Accordez-vous un moment de calme pour digérer la nouvelle, car le tumulte peut être accablant, a-t-elle soutenu. Et demandez de l'aide rapidement aux services aux victimes, à des services de consultation et à vos proches.»

Une douleur au-delà des frontières

Mme Oliver-McCurdie a également déclaré que les autorités de la Colombie-Britannique devraient se souvenir que les répercussions psychologiques de ce type de tragédie s'étendront bien au-delà des frontières de la province. Elle se souvient qu'après les meurtres en Nouvelle-Écosse, elle et ses proches en Alberta ont eu du mal à surmonter cette épreuve.

«La distance était difficile à vivre, a-t-elle confié lors d'une entrevue mercredi. Il nous a fallu beaucoup de temps pour obtenir du soutien.»

Elle a ajouté que plusieurs familles de victimes en Nouvelle-Écosse avaient gardé le contact au fil des ans, ce qui, selon elle, lui a apporté une grande force.

«Notre famille néo-écossaise a été très importante pour nous (…) et nous nous soutenons encore aujourd'hui.»

Un deuil difficile à venir

Serena Lewis, travailleuse sociale de longue date en Nouvelle-Écosse, explique qu'immédiatement après un événement aussi traumatisant, les personnes directement touchées restent sous le choc et incrédules.

«Le deuil est le plus dur et il vient plus tard», a affirmé Mme Lewis, qui était en 2020 la coordonnatrice provinciale du deuil et des services de soutien aux personnes endeuillées dans la région nord où la tuerie a commencé.

«Il se passe beaucoup de choses à Tumbler Ridge en ce moment, et nous devons faire preuve d'un grand respect à cet égard», a-t-elle conclu.

Mme Lewis, qui vit toujours dans le comté de Colchester en Nouvelle-Écosse, explique que c'est généralement au début du deuil que les gens bien intentionnés se manifestent pour offrir leur soutien, souvent en apportant des plats cuisinés.

«Mais c'est après les funérailles que le silence s'installe, a-t-elle poursuivi. C'est à ce moment-là que le chagrin se transforme véritablement en perte. Pour l'instant, nous essayons simplement de comprendre ce qui s'est passé.»

C'est pourquoi ceux qui souhaitent apporter leur aide doivent faire preuve de tact et veiller à traiter les personnes endeuillées avec le plus grand respect, souligne-t-elle. Pour les personnes vivant à l'extérieur de Tumbler Ridge, cela peut signifier une approche très personnelle, mais discrète.

Dans les jours qui ont suivi les meurtres en Nouvelle-Écosse, Mme Lewis se souvient d'avoir reçu des lettres de condoléances et des colis de personnes de Colombie-Britannique, qu'elle a apportés à Portapique, en Nouvelle-Écosse, la petite communauté côtière où le tueur a commencé son carnage qui a duré 13 heures.

Mme Lewis raconte que ce genre de geste lui rappelait les automobilistes qui s'arrêtent pour laisser passer un cortège funèbre. «C’est dans ces moments-là que notre pays peut se sentir un peu plus petit et un peu plus uni, a-t-elle soutenu. Je pense qu’il faut vraiment être prêt à s’arrêter et à demander: "Qu’est-ce qui vous ferait plaisir? Puis-je vous apporter un plat?"»

Plus tôt cette semaine, Mme Lewis dit avoir envoyé un courriel au maire de Tumbler Ridge pour lui faire savoir qu’elle pensait à sa petite communauté située à plus de 4000 kilomètres de la côte atlantique.

Tendre la main à Tumbler Ridge

À Ottawa, la députée de la circonscription de Cumberland—Colchester, en Nouvelle-Écosse, Alana Hirtle, affirme avoir passé la majeure partie de la journée de mercredi en larmes, écoutant les chefs de parti rendre hommage aux victimes de Tumbler Ridge à la Chambre des communes.

Mme Hirtle faisait partie d’un groupe de bénévoles qui ont travaillé à la construction d’un centre communautaire à Portapique après la tuerie. Lors de son inauguration en 2024, le premier ministre provincial Tim Houston a déclaré qu’il symbolisait «le chemin de guérison et d’harmonie de la communauté».

«Je ne sais pas ce que ressentent les gens de Tumbler Ridge, mais je comprends leur douleur: le choc, l'horreur, l'immense chagrin», a déclaré Mme Hirtle en entrevue.

«Avant Portapique, je me souviens d'avoir été très sûre de moi en disant : "Des choses pareilles n'arrivent jamais en Nouvelle-Écosse. Ça n'arrive pas au Canada."»

Alana Hirtle a ajouté qu'il sera important que les Canadiens tendent la main aux habitants de Tumbler Ridge et les écoutent lorsqu'ils expriment leurs besoins.

«Je dirais à cette communauté, à ces personnes et à ces familles: soyez indulgents envers vous-mêmes. Vous allez ressentir beaucoup d'émotions. Le deuil n'est pas un processus linéaire», a déclaré la députée.

«Au cours des prochains jours, semaines, mois, rien n'aura de sens. Le chagrin resurgira à la moindre occasion, même la plus étrange et la plus surréaliste. Et certains jours, vous vous réveillerez et vous aurez oublié ce qui s'est passé.»

Michael MacDonald, La Presse Canadienne

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