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Nouveau dispositif pour suivre les grossesses en temps réel

durée 10h59
29 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Un dispositif portable développé par des chercheurs américains pourrait permettre de suivre les grossesses en temps réel en transmettant des données à distance au personnel soignant.

Toutefois, même si les scientifiques de l'Université de la Californie à San Diego rapportent que, lors de tests cliniques, leur dispositif a détecté des anomalies qui ont nécessité une césarienne d'urgence, sauvant potentiellement la vie du bébé, «le problème, c'est qu'on ne sait pas si le fait de surveiller en permanence va vraiment aider», a tempéré le docteur Richard Brown, qui est gynécologue-obstétricien à la Mission Santé des femmes de l'Hôpital de Montréal pour enfants et du Centre universitaire de santé McGill.

«Quand vous consultez un site web, vous le consultez maintenant. Vous le consulterez peut-être à nouveau dans une heure. Vous n'allez pas le consulter à chaque seconde. Il va changer à un moment donné, mais est-ce que cela a de l'importance qu'il change dans cinq minutes ou dans vingt minutes? Et nous ne savons tout simplement pas si cela fait une différence ou non», a-t-il dit.

Le timbre à ultrasons est un autocollant souple, de la taille d'une paume de main environ, qui se colle sur l'abdomen. Il est relié par un câble à un ordinateur qui analyse les données ultrasonores, a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Les chercheurs pensent que le dispositif sera d'abord utilisé pour les femmes enceintes hospitalisées, mais ils espèrent à terme disposer d'une version sans fil permettant aux médecins de surveiller les patientes à domicile.

Contrairement aux échographies actuelles qui fournissent une sorte de «cliché instantané» de la situation au moment du test, la nouvelle technologie américaine ― baptisée UPatch ― est conçue pour rester en place sur le corps et suivre en continu, en temps réel, l'anatomie et la circulation sanguine du bébé, sans qu'il soit nécessaire de guider manuellement la sonde à ultrasons.

Les chercheurs ont développé des algorithmes qui, assurent-ils, permettent de compenser le fait que le fœtus et le cordon ombilical sont constamment en mouvement. Lors de tests, poursuivent-ils, l'appareil a fourni des résultats très proches de ceux obtenus avec des échographes portables classiques.

«L'UPatch permet de visualiser des structures anatomiques et de mesurer les vitesses du flux sanguin, et présente une bonne concordance avec un échographe clinique portable sur 62 grossesses, écrivent les auteurs de l'étude. Grâce aux progrès technologiques, l'intégration d'un circuit miniaturisé pourrait permettre un fonctionnement entièrement sans fil et offrir une plus grande mobilité à l'utilisateur. L'UPatch pourrait permettre une surveillance continue de l'état du fœtus dans les grossesses à haut risque, élargissant ainsi les possibilités en matière de soins prénataux.»

Le docteur Brown est toutefois d'avis que la technologie n'est pas encore prête à être utilisée à grande échelle et que d'autres tests sont nécessaires pour en vérifier l'utilité et l'innocuité.

Lors d'une échographie, a-t-il rappelé, «il faut un faisceau ultrasonore très directionnel et parfaitement contrôlé, c'est-à-dire que l'on doit connaître exactement le moment où il a été émis, la direction dans laquelle il s'est propagé, et tout ce qui le concerne, afin de savoir quand les échos reviennent, d'où ils proviennent et ce que cela signifie».

«Dès que l'on a affaire à un matériau souple, on perd une grande partie de ces informations, a-t-il rappelé. Aujourd’hui, grâce aux technologies modernes, on dispose peut-être de la puissance de calcul nécessaire pour adapter la forme du cristal ultrasonique afin de déterminer l’orientation de tous les différents composants. Mais cela va nécessiter encore plus de puissance de calcul.»

Même les technologies les plus sophistiquées dont on dispose aujourd'hui ne sont pas en mesure de fournir une image complète de l'utérus sans une intervention humaine, a poursuivi le docteur Brown, qui compare le tout à la lecture d'un quotidien ― si on se concentre sur le coin supérieur droit, notre vision périphérique n'est pas assez bonne pour lire ce qui se passe en bas à gauche.

«Cette technologie représente en soi une avancée formidable, car elle permet d'obtenir un transducteur aussi fin et aussi portable, a-t-il dit. Mais je ne suis pas sûr qu'elle permette réellement d'obtenir la qualité d'image nécessaire pour recueillir les informations requises.»

Enfin, les femmes dont la grossesse fait l'objet d'un suivi serré seront soumises, tout au plus, à une échographie d'une vingtaine de minutes chaque jour, a souligné le docteur Brown.

Même si les ultrasons sont généralement considérés comme étant très sécuritaires, a-t-il ajouté, le principe de base «consiste essentiellement à limiter autant que possible l'exposition et la consommation d'énergie, car les ultrasons ont bel et bien des effets sur les tissus».

«Encore une fois, on ignore tout des implications en matière de sécurité liées à l'utilisation continue de l'échographie pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, a-t-il conclu. Je pense donc qu'il s'agit d'une avancée technologique remarquable, mais je ne suis pas sûr que nous soyons encore en mesure de l'utiliser autrement qu'à des fins de recherche. Il va toujours y avoir une petite incertitude: est-ce que ça aide ou est-ce que ça nuit?»

Les détails de cette étude ont été publiés par le journal Nature Biotechnology.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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