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Pier Dutil

La fièvre des séries

La fièvre des séries
Photo: Courtoisie
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Si la Mère Nature ne nous a pas encore donné l’occasion d’attraper la fièvre du printemps, le Canadien a contaminé tout le monde avec la fièvre des séries éliminatoires de la Ligue nationale de Hockey (LNH).

Il y a longtemps que la Sainte Flanelle ne nous avait pas permis d’attraper ce virus, à part les séries de 2021 au cours desquelles un autre virus régnait.

Go Habs Go

La fièvre du printemps nous incite à des comportements parfois étranges comme se balader en véhicule convertible à 10 degrés Celsius et la fièvre des séries ne donne pas sa place en comportements étranges.

Même si la grande majorité des Québécoises et des Québécois penche du côté du Canadien, les présentes séries divisent cette même population en deux catégories.

Il y a les biens nantis qui se permettent d’acheter des billets dont les coûts varient de 910 $ dans les hauteurs du Centre Bell à 2 380 $ dans les sections du bas. Et pour des billets achetés auprès de revendeurs, on paiera facilement le double, voire encore plus. Ces partisans arborent tous un chandail aux couleurs du Canadien acheté à des prix variant de 155 $ à 580 $ à la boutique de l’équipe. Et s’ils décident de s’offrir un hot dog ou une pointe de pizza et un breuvage sur place, ils devront débourser quelques dizaines dollars. 

Quant aux partisans moins bien nantis, on les retrouve à l’extérieur du Centre Bell, entassés, suivant le déroulement de la partie sur des écrans géants. Eux se contenteront d’arborer des T-shirts payés plus de 50 $ et/ou une calotte valant plus de 40 $. Et ceux qui ont attrapé une fièvre plus forte se permettront même d’être en bedaine même s’il fait à peine 10 degrés Celsius.

Est-ce bon pour l’économie?

Selon, Georges Pothier de l’équipe de «Salut Bonjour» : «Pour l’organisation, chaque match à domicile en séries représente une mine d’or. On parle de 4 à 6 millions de dollars supplémentaires par rencontre, comparativement à la saison régulière.»

À Montréal et partout en province, les restaurants et bars sportifs sont remplis de fans qui se regroupent pour partager un repas et prendre quelques bières tout en suivant les matchs. Pour ces commerces, pas de doute, la fièvre des séries est fort rentable.

La fièvre des séries a même gagné la Cathédrale Saint-Jean-l’Évangéliste à Saint-Jean-sur-le-Richelieu où plus de 2 000 partisans se sont regroupés pour suivre les parties sur un écran géant. Il y a longtemps que l’on avait vu autant de monde à l’église. Et les «Olé! Olé! Olé!» ont remplacé les psaumes.

Pour TVA Sports, le réseau de Québecor qui a accumulé des centaines de millions de dollars en pertes depuis sa création en 2011, les cotes d’écoute sont au maximum et les commanditaires sont disposés à verser des millions de dollars en publicité dans l’espoir de charmer cette clientèle.

Par contre, pour les autres types de commerces, la fièvre des séries peut être coûteuse. En effet, l’argent dépensé pour les activités reliées au hockey n’est plus disponible pour d’autres achats. Et il faut voir les stationnements des centres commerciaux pratiquement vides les soirs de matchs. 

On a même noté que les urgences des hôpitaux, généralement bondées, sont presque vides. Faire jouer le Canadien à tous les soirs serait peut-être une solution au débordement des urgences. Par contre, un spécialiste de l’Institut de Neurologie de Montréal déclarait qu’à chaque soir de match du Canadien, en moyenne trois personnes se retrouvaient aux soins intensifs, victimes d’un AVC. Il semble que la fièvre était trop forte.

Trop, c’est trop

La fièvre des séries a frappé fort un partisan de la Sainte Flanelle qui a pris l’initiative de lancer un fonds sur le site «GoFoundMe afin de récolter 100 000 $ pour aider des partisans à se procurer des billets pour assister à des matchs lorsque le Canadien joue à l’extérieur. Comme œuvre de charité, j’ai déjà vu mieux.

Ça sent la Coupe?

Pour de nombreux partisans, on rêve d’une 25e Coupe Stanley pour le Canadien. La dernière remonte à 1993. On se plaît également à se remémorer l’époque des Glorieux qui enfilaient les Coupes plusieurs années d’affilée.

Il est toujours permis de rêver, car, il y a longtemps que les Glorieux n’ont rien offert de très glorieux à leurs partisans. Mais qui sait?

Après 30 ans de reconstruction, peut-être sommes-nous arrivés au point de se mesurer aux meilleurs pour l’obtention des grands honneurs. 

Pendant ce temps

Pendant que toute notre attention est captée par la fièvre des séries, même si on l’oublie, la planète continue de tourner et il ne faudrait pas l’oublier.

Sans vouloir agir en rabat-joie, je me permets de rappeler que les guerres en Iran et en Ukraine, la crise du logement, l’itinérance, les problèmes en santé, les cônes orange et les nids de poule à Montréal, les folies de Trump et les usines qui ferment continuent de nous hanter.

Ne cessons pas de nous réjouir avec les performances du Canadien, mais n’oublions pas que du pain et des jeux, ça ne suffit pas à assurer la prospérité d’une société.

Courage

Il ne reste que 985 jours au mandat de Donald Trump. 

Visionnez tous les textes de Pier Dutil

Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine aux partisans du Canadien :

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