Crise de la main d'oeuvre
Travailleurs étrangers temporaires: des entreprises planifient de déménager aux États-Unis
Parce qu'elle prévoit des pertes de contrats de 70 M $ au cours des prochains mois avec le départ de ses employés engagés en vertu du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), l'entreprise Beauce Atlas prépare des plans pour déménager ses pénates aux États-Unis.
«On regarde ça depuis un an et demi, a révélé aujourd'hui en conférence de presse le président du fabricant de structures en acier de Sainte-Marie, Nicolas Blais. On est plus dans un mode d'acheter (acquisition). On ne peut pas être un mode décroissance. Si la croissance (...) et la stabilité se passent pas ici au Québec, on a pas le choix d'aller ailleurs.»
L'homme d'affaires a tenu ces propos dans le cadre d'une nième conférence de presse traitant du dossier des travailleurs étrangers temporaires, convoquée cette fois-ci par la Table régionale des élus municipaux de Chaudière-Appalaches (TREMCA), et Chaudière-Appalaches Économique.
Rappelons qu'en 2024, Québec a décidé d'abolir le Programme de l'expérience québécoise, alors que le fédéral a imposé des restrictions au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Même si Ottawa a annoncé, en mars dernier, un sursis d'un an pour la mise en application des restrictions, cela demeure insuffisant pour le milieu des affaires. Du côté du gouvernement du Québec, on songe à créer une nouvelle mouture d'accueil mais les détails de la démarche restent flous.
Ainsi, des 350 employés que compte actuellement Beauce Atlas, 46 sont des travailleurs de l'immigration, qui assurent les quarts de soir et la production de fin de semaine. «C'est non seulement 46 travailleurs étrangers qu'on devra retourner chez eux (...) mais également abolir 46 emplois locaux. 46 plus 46, ça fait 92 jobs. Alors aujourd'hui, notre message est simple: on demande de la prévisibilité. On est même plus en train de parler de croissance. On parle de survie opérationnelle. Ces travailleurs sont intégrés, sont engagés et contribuent directement à notre succès et à l'économie d'ici. Sans eux. on va ralentir, on va reculer. Et oui, une partie de l'activité risque de quitter le Québec. Ça collectivement, on ne peut pas se permettre», a lancé M. Blais, dont les propos ont été accueillis par des applaudissements de la part de la centaine de personnes présentes dans la salle du conseil de la MRC de La Nouvelle-Beauce, où se tenait le rassemblement de presse.
Même son de cloche alarmant du porte-parole du fabricant de plancher Mirage, Nicolas Jean, qui a qualifié de «castastrophe» la situation actuelle, qui augmentera la pression sur les possibilités de recrutement, avec un taux de chômage très bas en Beauce; et du président de MBI Plastiques. Éric Veilleux, dont la perte des travailleurs étrangers entraînera un dysfonctionnement de ses quarts de production, parmi tous les autres défis à relever pour mener à bien les affaires.
Les trois hommes se sont accordés pour dire que malgré les investissements en automatisation, modernisation et formation, le recours aux travailleurs étrangers temporaires demeure essentiel au maintien de leurs activités.
Arrimer les règles à la réalité
À son tour, le président de la TREMCA, Daniel Turcotte, a rappelé les trois demandes prioritaires formulées par les entreprises auprès des gouvernements.
Dans un premier temps, accélérer l’accès à la résidence permanente en confirmant rapidement la reconduction du PEQ; en second lieu, stabiliser et adapter les conditions du travail temporaire, notamment par le rétablissement des permis de travail d’au moins 24 mois; et enfin, en accroissant la flexibilité pour les régions, soit d'adapter les règles aux réalités du terrain, notamment en ajustant certains seuils et en s’appuyant sur des données régionalisées.
«Les régions ont fait leur part. Les entreprises ont fait leur part. Les travailleurs ont fait leur part. Il est maintenant temps d'arrimer les règles à la réalité. Permettre aux travailleurs déjà enracinés de rester. C'est un choix économique responsable, un choix humain, un choix stratégique pour l'avenir du Québec, parce que le développement économique du Québec passe par ces régions et parce que les travailleurs étrangers temporaires ne sont pas étrangers à notre succès», a-t-il déclaré.
Le président de la TREMCA a signalé qu'à l’approche des prochaines échéances électorales, les entreprises souhaitent que des gestes concrets soient posés rapidement afin d’assurer la stabilité des entreprises, de soutenir les régions et de permettre une planification à long terme.
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