Lettre ouverte de la Fédération québécoise des municipalités
Le Québec face à son destin démographique
La Fédération québécoise des municipalités (FQM) a fait parvenir, ce vendredi 6 février, une lettre ouverte au gouvernement du Québec et aux partis politiques, afin de sonner l’alarme sur les enjeux démographiques et migratoires auxquels le Québec est confronté. Signée par son président, Jacques Demers, ainsi que par l’ensemble des 46 membres de son conseil d’administration, cette sortie publique porte aussi la voix des régions.
Parmi les signataires figurent notamment Hugo Berthiaume, maire de Saint-Elzéar, et Jonathan V. Bolduc, maire de Saint-Victor, tous deux membres du conseil d’administration de la FQM. Voici l’intégralité de cette lettre:
« Le Québec vit sans aucun doute l’une des périodes charnières de son histoire. Les générations futures regarderont notre époque, soit comme le moment où nous avons fait le choix de l’inaction, soit comme celui où nous avons décidé de nous développer et surtout, de nous affirmer.
Alors que la prochaine élection se fera clairement sous la direction d’une nouvelle génération de dirigeant(e)s politiques, il est temps pour eux de démontrer un véritable leadership face au défi démographique d’aujourd’hui, plutôt que de s’enfermer dans des politiques peut-être populaires dans l’immédiat, mais fondées sur la méfiance et le ressentiment.
Le Québec n’échappera pas à son destin. Dans une étude économique parue il y a quelques jours, Desjardins rappelait un principe simple de la démographie et qu’oublient souvent nos citoyen(ne)s et malheureusement aussi nos politicien(ne)s : la démographie, c’est notre destin.
Cette réalité prend tout son sens dans le contexte actuel, où après avoir invité de nombreux citoyen(ne)s du monde à relever le défi du Québec, notre gouvernement s’enferme dans une politique stérile et clairement non fondée sur les faits. Comment le Québec peut-il refuser de respecter l’engagement, à tout le moins moral qu’il a pris, de permettre aux personnes participant au Programme expérience Québec (PEQ) de s’établir chez nous?
Alors que notre croissance démographique s’essouffle et que la place du Québec au pays et en Amérique ne peut être appelée qu’à diminuer à moins que des politiques sérieuses d’accueil et d’intégration ne soient mises en place, notre gouvernement maintient le cap.
Pourtant, comme l’a exposé Desjardins dans son étude, la réalité du déclin démographique et de l’appauvrissement qui y correspond ne disparaîtra pas sous prétexte que nos dirigeant(e)s d’aujourd’hui font le choix de l’ignorer, et ce, malgré le fait que toutes les voix de la société civile réclament un changement strict d’orientation.
Pour les régions du Québec que nous représentons, cette réalité est immédiate. L’Institut de la statistique du Québec publiait récemment de nouvelles perspectives démographiques indiquant que c’est maintenant la majorité des régions qui entrent dans une phase de déclin en l’absence d’une immigration soutenue. Le vieillissement accéléré de la population ainsi qu’un taux d’accroissement naturel négatif dans 12 des 17 régions auront des impacts douloureux à bien des égards, à commencer par nos entreprises, nos services publics et notre tissu social.
Alors que le mandat électoral approche à grands pas, comment réagir à cette situation?
D’abord, pour le gouvernement actuel qui s’est longtemps fait un point d’honneur de reconnaître ses erreurs et de modifier une politique mal avisée : faire de même et accorder une clause de droits acquis aux personnes qui se sont installées en vertu du Programme expérience Québec. Et même si le problème des travailleur(-euse)s étrangers temporaires relève du Fédéral, le gouvernement du Québec doit faire plus pour enlever l’épée de Damoclès qui plane sur l’économie de nos régions. Il ne doit plus seulement accuser le Fédéral et laisser les groupes, dont la Fédération québécoise des municipalités, agir sur cette question; il doit prendre les devants.
Ensuite, pour ceux et celles qui aspirent à bientôt diriger le Québec : faire preuve d’un véritable leadership et expliquer à nos concitoyen(ne)s que la seule solution pour l’avenir du Québec se retrouve dans l’arrivée de citoyen(ne)s du monde. Cela exige des engagements clairs sur les questions de l’accueil et de l’intégration de ces nouveaux arrivant(e)s. Plus que jamais, il est nécessaire que ces éléments fassent l’objet d’une véritable obsession, notamment par la mise en place de programmes de francisation et d’habitation. Dans le nouveau contexte géopolitique qui s’annonce, la situation requiert que cette question devienne la priorité des priorités.
Alors que d’autres pays font le choix de gouverner sans tenir compte des faits, nous tous, administrateur(-trice)s de la Fédération québécoise des municipalités, faisons le choix de prendre des décisions tenant compte de cette réalité.
Alors que nos communautés démontrent quotidiennement leur capacité à accueillir des citoyen(ne)s de partout, il revient maintenant à ceux et celles qui nous gouvernent et à ceux et celles qui souhaitent leur succéder de démontrer qu’ils et elles sont en mesure de modifier notre destin collectif. Mesdames et messieurs les aspirant(e)s au titre de premier ministre, nos membres attendent avec impatience vos propositions à ce sujet.
Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog, et les 46 autres membres du conseil d’administration de la FQM »

